LES DEUX SAINTS PREMIERS APÔTRES PIERRE ET JEAN

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Traduit du russe par Anne Davidenkoff

 

 

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YMCA-Press

 ISBN: 978-2-7554-0287-2

François-Xavier de Guibert, 2010

10, rue Mercœur

75011 Paris

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

   PRÉFACE

   AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR

   I Paires apostoliques

   II Marques de la primauté de Pierre

   III «C’estToi, le Christ»

   IV «Tu es Pierre»

   V «Affermis tes frères»

   VI Pierre et Paul

   VII L’apôtre Jean

   VIII La paire apostolique de Pierre et Jean

     1. L’appel de Jean et de Pierre

     2. La Sainte Cène

     3. Chez le grand prêtre Anne

   IX Au pied de la Croix

   X «Que t’importe?»

     1. La venue au tombeau

     2. La pêche miraculeuse (Epilogue de l’Évangile de Jean)

     3. Pierre et Jean dans les Actes des Apôtres

     4. Jean, auteur de l’Apocalypse

 

PRÉFACE

 

Le père Serge Boulgakov, né en Russie en 1871 dans une famille de prêtres de père en fils, mort à Paris en 1944, est considéré comme l’un des plus grands théologiens orthodoxes des temps modernes. Marxiste dans sa jeunesse, revenu à la foi de son enfance, professeur d’université et penseur religieux, ordonné prêtre l’année de la Révolution, banni du pays par les communistes en 1923, il a élaboré en France une vaste fresque théologique qui recouvre tous les domaines: évangéliques, dogmatiques et ecclésiologiques, publiant de nombreux travaux tels que Le Buisson ardent (1927, sur la Mère de Dieu), L’Ami de l’époux (1928, à propos de St Jean Baptiste), l’Agneau de Dieu (1933, sur le Christ), Le Consolateur (1936, sur l’Esprit Saint), La Fiancée de l’Agneau (1945, sur l’Église). Dans cette œuvre immense, dont l’influence sur la théologie catholique (en particulier sur le père Louis Bouyer) est notoire, l’étude sur les apôtres Pierre et Jean (1926), qui pose le problème de l’autorité dans l’Église, constitue le premier maillon.

Si le père Serge Boulgakov s’est attaqué initialement au problème de la primauté dans l’Église, c’est qu’il avait été interpellé par les dissensions et les schismes qui avaient frappé l’Église russe au lendemain de la Révolution. Retenu en Crimée où il est allé rejoindre sa famille, il avait eu l’impression que si l’Église orthodoxe résistait mal au premier choc des persécutions, c’est parce qu’elle manquait d’une autorité incontestable, fondée et protégée par le dogme. In pectore il avait adhéré aux principes de l’ecclésiologie romaine, allant jusqu’à mentionner secrètement le pape lors des célébrations liturgiques... Mais dès les premiers mois de son exil, à Constantinople, puis à Prague, il s’était heurté au prosélytisme agressif des représentants du Vatican envoyés auprès des émigrés russes (entre autres Mgr Tyskiewicz) et à une ecclésiologie rigide qui ne cherchait pas une union en profondeur des Églises, comme l’avait préconisée Vladimir Soloviev, mais une conversion par tous les moyens des «hérétiques» orthodoxes à l’Église romaine.

L’étude sur les deux premiers apôtres Pierre et Jean, à la fois scrupuleuse et inspirée, s’appuie presque exclusivement sur les données des Évangiles et des Actes des Apôtres et s’attache à définir la nature de la primauté dans l’Église. Contestant les thèses ultramontaines de Mgr d’Herbigny, le père Serge Boulgakov considère que «la primauté» de Pierre n’est pas une primauté de pouvoir, mais d’autorité, d’ancienneté, de préséance, et ne lui appartient que dans l’union avec tous les autres apôtres; que d’autre part la primauté de Jean, disciple préféré du Christ, visionnaire de l’Apocalypse, complète et équilibre celle de Pierre par sa fonction prophétique.

Actuellement, dans l’Église catholique, les thèses de Mgr d’Herbigny, bien que conformes aux dispositions de Vatican I, ne jouissent plus d’une autorité incontestable. Une tendance se dessine pour rééquilibrer la primauté trop exclusive de Pierre, en la complétant, moins par celle de Saint Jean, que par celle de Saint Paul, qui conjointement avec Saint Pierre a été le fondateur de l’Église de Rome... En centrant sa réflexion sur Saint Jean, le père Serge Boulgakov prolonge et approfondit la vision deVladimir Soloviev qui, dans ses Trois entretiens avait placé la réunion des trois branches du christianisme à la fin des temps - les définissant respectivement comme johannique (l’orthodoxe), pétrinienne (la romaine), paulinienne (la réformée). À la différence de Soloviev, Boulgakov ne situe pas le problème dans une perspective historique et eschatologique, mais cherche à trouver une réponse définitive dans l’Évangile, notamment dans les paroles du Christ et dans les attitudes et les destins respectifs des deux apôtres, dont la prééminence est isomorphe, c’est-à-dire égale quoique différente, voire opposée. Cette vision de la complémentarité nécessaire de l’autorité et de l’amour concerne toutes les confessions chrétiennes: l’orthodoxe sur le plan empirique, par excès d’autoritarisme des évêques locaux, la catholique à cause des formulations excessives de Vatican I, la protestante par son libéralisme outrancier. Aussi est-il nécessaire de dire que l’opuscule de Boulgakov écrit il y a plus de quatre-vingts ans garde toute son actualité de nos jours. L’actualisation du message scripturaire que nous propose ici le père Serge Boulgakov doit nous permettre à tous de clarifier et d’approfondir la relation dialectique entre l’autorité et la charité dans l’ecclésiologie et la pratique de l’Église, institution divino-humaine, dans laquelle l’humain, les tentations dont le Christ avait triomphé au désert, a trop souvent tendance à se substituer au divin.

 

Nikita Struve

 

AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR

 

Le texte présenté ici est la traduction de l’ouvrage Sviatye Petr i Ioann, dva pervoapostola paru en 1926 aux éditions Ymca-press, fondées en 1921 à Prague puis transférées en 1925 à Paris. L’édition originale russe comporte de nombreuses citations du texte des Evangiles et des Actes des apôtres en grec. Aujourd’hui l’accessibilité du texte du Nouveau Testament (notamment sur internet) rendait ces citations superflues pour les lecteurs hellénistes et encombrantes pour les autres, nous les avons donc supprimées. Pour la traduction en français des textes bibliques, nous avons généralement eu recours à la Bible Osty (Le Seuil, 1973). Nous avons par ailleurs simplifié la typographie du texte, qui use abondamment de l’italique. Enfin nous avons traduit en français les textes cités en latin ou en allemand dans les notes et ajouté des titres aux chapitres.

 

 

I. Paires apostoliques

 

Durant la vie terrestre du Sauveur, une foule nombreuse l’entourait sans relâche, venue entendre son enseignement divin, voir ses miracles (Mt 4, 25; 9, 36; Le 6,17). Mais au milieu de cette foule sans cesse renouvelée, se trouvaient ceux qui faisaient à jamais partie de ses proches, «le suivaient et le servaient» (Me 15, 41). Il y avait ces élus que le Seigneur aimait, «Marthe, et sa sœur, et Lazare (Jn 11, 5; 11, 36), «l’ami» du Seigneur («Lazare, notre ami, s’est endormi», Jn 11, 11). Il y avait, enfin, les apôtres qu’il avait appelés à être les «témoins de ses œuvres et de son enseignement» (Ac 1,8): ils avaient été choisis tout particulièrement, entre tous, au sein du peuple élu, par celui qui connaît tous les cœurs. Il les avait désignés, chacun par son nom (Mt 4, 18-21; 10, 1-5; Lc 6, 13-16; Mc 1,16-19), avec une solennité particulière, comme l’indiquent les expressions utilisées par les évangélistes: «Il monta sur la montagne et il appela à lui ceux qu’il voulait. Et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les démons» (Mc 3, 13-14), cependant que lui, selon le témoignage de saint Luc, la veille de ce jour-là, il passa toute la nuit en prière: «Or donc, en ces jours-là, il sortit dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Et lorsqu’il fit jour, il appela ses disciples et il en choisit douze, ceux-là mêmes qu’il nomma apôtres (Lc 6, 12-13). Il en a fait les témoins de ses miracles, leur a destiné son enseignement.

Il leur a révélé à eux, en particulier, le sens des paraboles et les a envoyés prêcher (Mt 10, 5 et suivants. Mc 3, 14-15; Lc 10,1-6). Outre les douze, il y avait encore les soixante-dix autres disciples qu’il avait chargés de proclamer la bonne parole (Lc 10, 1-16) et dont il a lui-même témoigné que leurs noms sont écrits dans les cieux (Lc 10, 20). Se tournant vers eux, il leur dit: «Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez! Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu (Lc 10, 23-4)». Les saints apôtres et les élus du Christ constituaient la hiérarchie qu’il avait lui-même établie et dont les degrés se définissaient en fonction de la proximité qui les liait à lui: ceux qui le suivaient et le servaient en l’assistant de leurs biens (Lc 8, 2-3) se distinguaient des apôtres, de même que les soixante-dix n’étaient pas les douze. Au sein des douze, il y avait aussi des différences dans le degré d’intimité avec le Maître. C’est ainsi que, parmi les douze, trois se détachent distinctement: Pierre, Jacques et Jean. Le Christ les a choisis pour être les témoins oculaires des mystères divins. Il leur permet, à eux seuls, d’assister à la résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5, 37; Lc 8, 51), en présence des parents. Ce sont eux seuls qu’il emmène en particulier à l’écart sur la montagne de la Transfiguration (Mt 17,1; Mc 9, 2; Lc 9, 28). Et ce sont eux, seulement, qu’il prend avec lui au jardin de Gethsémani (Mt 26, 37; Mc 14, 33) pour assister au combat qu’il livre dans sa prière. .....................

 

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